Olga Sviblova, directrice et commissaire d’exposition hors norme

Lorsqu’on pénètre dans l’enceinte du MAAM, on est d’abord frappé par son contraste tranchant avec l’architecture moscovite à dominance baroque et classique, dont les colonnes, statues et ornements rivalisent d’ostension. L’esthétique épurée, minimaliste du Multimedia Art Museum of Moscow, musée d’art contemporain de 9000m2, en devient par comparaison saisissant. Il est la tâche blanche détonnante dans une étendue de doré, le silence tapageur au milieu de la capitale affairée. Qu’on l’affectionne ou pas, le MAAM en impose par sa sobriété.

Photo : Louna Boulay

Photo : Louna Boulay

Le lieu est à l’image de sa directrice et commissaire d’exposition, Olga Sviblova : hors-norme, singulière, marquante. Sans cérémonial, elle nous présente une pièce maîtresse de l’exposition, qu’elle a élaborée à la suite de plus de cinq cents autres en Russie et à l’International. Cette femme possédant plusieurs cordes à son arc (dont celle de réalisatrice de documentaires) n’en est certes pas à son coup d’essai. Figure de proue de l’art contemporain, elle a contribué à son déploiement en Russie et outre-mer. Avant de prendre la barre du MAAM, elle a fondé la maison de la photographie de Moscou, propulsant ainsi le premier musée d’Etat consacré à l’art de la photographie. Plus tard, elle a accompagné sa transition vers d’autres supports (vidéos, objets, en plus de la photographie), actée par la création du Musée d’Art Multimédia en 2010.

Olga Sviblova, directrice et commissaire d’exposition du MAMM (Photo : Louna Boulay)

En témoigne sa vie mouvementée, rythmée par les voyages, les naufrages conjugaux, les expériences professionnelles salées*, Olga est toujours en quête de nouveaux horizons et refuse de rester amarrée au port de la routine et du conformisme. Dans la pure tradition de l’arte povera, cette érudite diplômée de philosophie, au bagage culturel bien rempli, nous fait remarquer que la lampe fixée au mur aurait tout aussi bien pu figurer dans une des salles de son musée. La vision de l’art transmise, latente, est limpide : une ouverture du champ des possibles, une remise en question du donné, une matière à réflexion, des détournements.

*En 2007 et 2009, Olga est par exemple chargée de l’organisation du pavillon russe à la Biennale de Venise.

Photo : Louna Boulay

On comprend que le savoir éléphantesque d’Olga, son engouement illimité pour l’art, sa soif indissoluble de partage, lui ont permis d’embrasser une carrière de directrice et de commissaire d’exposition florissante, triplement récompensée par : la France avec la légion d’honneur, l’Italie avec l’ordre du mérite et la Russie avec l’ordre de l’amitié pour service rendu à la communauté via la diffusion et promotion de l’art.

 

Photo : Louna Boulay

Photo : Louna Boulay

Malgré les marques de pessimisme qu’elle émet vis-à-vis de la jeunesse, qui se désintéresserait de la culture, happée par des nouvelles technologies submersives, cet échange nous aura permis de mesurer la vivacité de l’art contemporain en Russie, porté par des acteurs transportés. Il aura une fois de plus fait taire nos préjugés criants sur la censure et la liberté d’expression dans le pays du Tsar. Sans exposer d’oeuvres trash, le musée recèle des nus et n’est, selon les dires de sa dirigeante, astreint à aucune restriction. Notre visite de l’exposition au spectre large, allant de la collection de chaussures et de robes des années folles (“Shoe icons”), aux photographies hyperréalistes et scénarisées de la photographe et réalisatrice Alex Prager, nous aura unanimement séduit.

Photo : Louna Boulay

Photo : Louna Boulay

Photo : Louna Boulay

Olga, au franc-parler sans fioriture, comme l’architecture du musée, connaît son travail, et cela saute aux yeux.

 

Marie Tomaszewski